Les murs battent des ailes

Comme une absence de lumière et donc un manque d’information sur ces images, qui vient altérer leur surface en les rendant granuleuses, mystérieuses – pour plonger dans un temps étiré, tendu et les rendre poreuses aux regards extérieurs. Une féminité qui se réinvente dans les détails, dans les gestes, dans les attitudes – écho à ces morceaux de draps, de tissus, de rideaux, de matières. Une féminité plurielle en couches, en strates, en premier et second plan photographiques. Le fond et la forme ne font qu’un dans mes images, je ne raconte pas un sujet mais je laisse la forme se mêler au fond et le visible se mêler à l’invisible. Un travail sur la matière de la photographie : jusqu’où peut-on voir ? Quand on ne peut plus distinguer son sujet, que l’image révèle-t-elle alors ? Un certain parallélisme avec les parties du corps des femmes qui sont cachées et camouflées : que voit-on à la place ? Si le corps se perd sous ces couches amples de vêtements où est-il et comment respire-t-il ? Si l’on ne voit pas, la vue est-elle remplacée par l’imagination, l’odorat, le toucher ? On débouche alors peut-être sur un autre monde, sur une autre façon de regarder où les signes ne sont plus les mêmes, où signifiant et signifié s’inversent et se bousculent. D’autres façons de déchiffrer, de lire, d’écouter et de regarder. Et ainsi, une autre temporalité, un autre rythme.

Cette série est issue de la résidence effectuée en août 2019 en Iran où je découvre le pays et explore une nouvelle féminité faite d’intimité et de silence. Une amie iranienne rencontrée à l’école de photographie d’Arles, est retournée habiter là-bas il y a quelques années pour créer un lieu d’expositions et de résidence.  Un espace de rencontres et d’échanges, mettant en avant et en résonance deux artistes à chaque nouvelle exposition : un étranger et un iranien. Dans le cadre de l’ouverture de ce lieu, elle m’a invitée à exposer des photos, puis à faire une résidence. 
J’ai été accueillie à Téhéran où je suis restée une semaine – puis j’y retournais tous les 4/5 jours après des excursions seule dans le pays.  C’est dans cette ville vibrante que j’ai pu participer à des fêtes et réunions entre amis. Et c’est de là qu’est venue l’envie de faire des photographies pendant ces moments intimes, de calme, de détente, mais aussi de chants et de danses. C’est là que j’ai compris vouloir rendre visuel et visible ces moments de partage et d’une autre vie, à l’abri des regards.  Ces instants captés, dans une sorte d’endroit souterrain, renvoient aussi à la signification même de la ville en persan.